L'Ordre du Temple n'a existé que 193 ans. Mais ces deux siècles ont marqué l'imaginaire occidental plus profondément que bien des dynasties millénaires. Fondé par neuf chevaliers à Jérusalem en 1119, dissous par une bulle papale en 1312, l'Ordre des Templiers concentre tous les paradoxes du Moyen Âge : moines et soldats, pauvres et banquiers, défenseurs de la foi et hérétiques condamnés. Voici la chronologie complète, des origines à la chute.
1119 — La fondation à Jérusalem
En 1119, vingt ans après la Première Croisade, neuf chevaliers français menés par Hugues de Payns et Geoffroy de Saint-Omer se présentent au roi Baudouin II de Jérusalem. Leur proposition est simple : ils s'engagent à protéger les pèlerins chrétiens qui circulent entre Jaffa et Jérusalem, route alors infestée de bandits et de mercenaires hostiles.
Le roi leur accorde un lieu de résidence sur le mont du Temple, à l'emplacement supposé du Temple de Salomon. De là le nom de l'ordre : Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon, abrégé en Ordre du Temple.
Pendant dix ans, l'ordre reste embryonnaire. Neuf chevaliers, des moyens limités, une mission concrète. C'est encore une confrérie informelle.
1129 — Le concile de Troyes et la règle officielle
Tout change en 1129. Hugues de Payns rentre en Europe pour obtenir une reconnaissance officielle. Au concile de Troyes, sous l'impulsion de Saint Bernard de Clairvaux, l'Ordre du Temple reçoit sa règle latine, rédigée en partie par Bernard lui-même. Cette règle fixe :
- Les trois vœux : pauvreté, chasteté, obéissance.
- L'habit : manteau blanc pour les chevaliers, brun pour les sergents.
- La hiérarchie : Grand Maître, sénéchal, maréchal, commandeur.
- Les règles de combat : ne jamais battre en retraite tant que l'étendant Beauseant flotte, ne jamais payer rançon.
L'ordre est désormais officiellement reconnu par l'Église. C'est le décollage.
1147 — L'adoption de la croix pattée rouge
Lors de la deuxième croisade (1147-1149), le pape Eugène III autorise les Templiers à porter sur leur manteau blanc une croix pattée rouge, devenue depuis le symbole indissociable de l'Ordre. La couleur rouge évoque le sang du Christ et le martyre potentiel du chevalier.
Cette croix devient l'emblème reproduit aujourd'hui sur tous les bijoux templiers, des bagues templières aux colliers templiers en passant par les t-shirts et les pulls.
1140-1290 — L'apogée militaire et financière
Les forteresses et batailles emblématiques
L'Ordre du Temple devient en quelques décennies l'une des forces militaires les plus redoutables d'Orient. Ils construisent ou administrent des forteresses majeures : Krak des Chevaliers (partagé avec les Hospitaliers), Château Pèlerin, Safed, Tortose.
Quelques batailles marquantes :
- Bataille de Hattin (1187) — Défaite catastrophique face à Saladin. La plupart des Templiers capturés sont exécutés.
- Bataille de Mansourah (1250) — Pendant la septième croisade de Saint Louis, l'Ordre perd près de 300 chevaliers.
- Chute de Saint-Jean-d'Acre (1291) — Dernière place forte chrétienne en Terre sainte. L'Ordre du Temple combat jusqu'au dernier homme. C'est la fin de la présence templière en Orient.
L'innovation financière : la banque templière
En parallèle de leur rôle militaire, les Templiers développent un réseau bancaire qui couvre toute l'Europe et le Levant. Ils inventent en pratique :
- La lettre de change — un pèlerin dépose son or dans une commanderie en France, reçoit un document, et retire l'équivalent à Jérusalem.
- Le prêt sécurisé aux rois — Philippe II Auguste, Saint Louis, le roi d'Angleterre s'endettent auprès de l'Ordre.
- La tenue de comptes royaux — la trésorerie de la France est physiquement abritée par le Temple de Paris pendant plusieurs décennies.
Ce système financier explique la puissance de l'Ordre — et provoque, en grande partie, sa chute.
1307 — L'arrestation
Vendredi 13 octobre 1307. Sur ordre du roi Philippe IV le Bel, tous les Templiers du royaume de France sont arrêtés simultanément. L'opération est préparée en secret pendant des mois. Le roi a des dettes massives envers l'Ordre. Il veut s'en débarrasser.
Les accusations sont graves : hérésie, sodomie, reniement du Christ, adoration d'une idole nommée Baphomet, vénération d'un chat noir. Les chevaliers sont torturés. Beaucoup confessent ce qu'on leur ordonne de confesser. D'autres meurent sous la question.
Le pape Clément V, installé à Avignon et largement sous influence française, hésite. Il finit par céder.
1312 — La dissolution officielle
Au concile de Vienne (1312), Clément V prononce la bulle Vox in excelso qui dissout l'Ordre du Temple. Pas formellement condamné — juste supprimé pour cause de « scandale ». Les biens sont en grande partie transférés à l'Ordre des Hospitaliers, qui en hérite ainsi de la fortune européenne.
1314 — Jacques de Molay sur le bûcher
Jacques de Molay, dernier Grand Maître de l'Ordre, avait été élu en 1292. Après sept ans d'emprisonnement et de tortures, il est brûlé vif le 18 mars 1314 sur l'île aux Juifs, à Paris, près du palais royal.
Avant de mourir, selon la tradition, il aurait lancé une malédiction au roi et au pape, les convoquant tous deux au tribunal de Dieu dans l'année. Philippe IV meurt le 29 novembre 1314. Clément V était déjà mort le 20 avril 1314. La légende noire de la malédiction templière naît à ce moment.
La bague Jacques de Molay rend hommage à ce dernier Grand Maître. Elle reste l'un des best-sellers de la collection bagues templières.
L'héritage des Templiers : entre histoire et légende
Ce qui est attesté
- L'Ordre a existé 193 ans (1119-1312).
- Il comptait à son apogée environ 15 000 à 20 000 membres, dont une minorité de chevaliers combattants.
- Sa fortune était considérable mais surévaluée par la légende.
- Les confessions sous torture n'ont pas de valeur probatoire.
Ce qui relève de la légende
- Le « trésor des Templiers » caché à Gisors, en Écosse, sous les ruines de Rennes-le-Château… aucune preuve archéologique sérieuse.
- La survivance secrète de l'Ordre dans la franc-maçonnerie ou les Ordres modernes : récits du XVIIIe siècle largement reconstruits.
- Baphomet, le Saint Graal, l'Arche d'Alliance, le Suaire de Turin : motifs littéraires modernes plus que sources médiévales.
Porter la mémoire des Templiers aujourd'hui
Neuf siècles après la fondation, la symbolique templière garde sa force. Pour ceux qui veulent en porter la trace :
- Bagues templières — Le format le plus reconnaissable, croix pattée ou sceau.
- Colliers templiers — Pour porter le symbole près du cœur.
- Bracelets templiers — Format discret et masculin.
- Tatouages templiers — Pour ceux qui veulent inscrire la mémoire dans la peau.
- Guide des croix templières — Pour distinguer croix pattée, croix de Malte, croix médiévale.
L'Ordre du Temple a disparu en 1312. Sa mémoire continue d'irriguer la culture, l'imaginaire chevaleresque et l'esthétique médiévale contemporaine.
Questions fréquentes
Quand l'Ordre du Temple a-t-il été fondé exactement ?
L'Ordre du Temple a été fondé en 1119 à Jérusalem par neuf chevaliers menés par Hugues de Payns. Sa règle officielle a été adoptée dix ans plus tard, au concile de Troyes en 1129, sous l'impulsion de Saint Bernard de Clairvaux. C'est à partir de 1129 que l'Ordre prend son ampleur européenne.
Qui était Jacques de Molay ?
Jacques de Molay (vers 1244 - 18 mars 1314) fut le 23e et dernier Grand Maître de l'Ordre du Temple. Élu en 1292, arrêté lors du coup de Philippe IV le Bel le 13 octobre 1307, il a passé sept années en prison sous torture. Brûlé vif sur l'île aux Juifs à Paris en 1314, il aurait selon la tradition lancé une malédiction au roi et au pape. Les deux meurent dans l'année.
Pourquoi les Templiers ont-ils été dissous ?
Officiellement pour cause de « scandale » selon la bulle papale Vox in excelso de 1312. Réellement pour trois raisons combinées : Philippe IV le Bel avait des dettes financières massives envers l'Ordre et voulait s'en débarrasser ; il avait également besoin de leur fortune pour la couronne ; et le pape Clément V, installé à Avignon, n'avait ni les moyens ni la volonté de s'opposer au roi de France.
Qu'est-il advenu de la fortune des Templiers ?
La plus grande partie des biens immobiliers et financiers de l'Ordre a été transférée à l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean (futur Ordre de Malte) par la bulle papale Ad providam de 1312. Une part importante a néanmoins été détournée par Philippe IV le Bel et par les rois d'Angleterre, d'Aragon et de Portugal. Le mythe d'un « trésor caché des Templiers » qui aurait échappé à ces redistributions n'est pas étayé par les sources historiques sérieuses.
Le vendredi 13 vient-il vraiment des Templiers ?
Probablement non, malgré la légende. La superstition autour du vendredi 13 est attestée bien avant 1307 dans plusieurs traditions européennes (vendredi de la Passion, treize convives à la Cène). L'association entre le vendredi 13 octobre 1307 (arrestation des Templiers) et le malheur du chiffre est une lecture rétrospective popularisée au XIXe siècle. Pour les médiévaux contemporains des faits, ce ne fut pas un vendredi 13 particulier.
L'Ordre du Temple existe-t-il encore ?
Non, pas dans sa continuité historique. L'Ordre médiéval a été dissous en 1312 et n'a jamais été officiellement restauré par l'Église catholique. Plusieurs ordres modernes (OSMTH, ordres maçonniques templiers, ordres décoratifs) revendiquent une filiation symbolique mais aucun n'a de continuité juridique ou organisationnelle avec l'Ordre médiéval. L'Ordre de Malte, lui, descend bien de l'Ordre frère des Hospitaliers et existe toujours.
Combien de Templiers y avait-il en tout ?
À son apogée vers 1250-1290, l'Ordre comptait environ 15 000 à 20 000 membres, mais seulement une minorité (peut-être 2 000) étaient des chevaliers combattants. Le reste était composé de sergents, frères servants, chapelains, hommes liges et personnel administratif. Ces effectifs étaient répartis sur l'ensemble de l'Europe et du Levant, dans plus de 9 000 commanderies.