« Le vendredi 13 porte malheur parce que les Templiers ont été arrêtés un vendredi 13. » Cette explication, on l'entend partout. Mais est-elle vraie ? Et la fameuse malédiction lancée par Jacques de Molay sur le bûcher — Philippe le Bel et le pape morts dans l'année — a-t-elle vraiment eu lieu ? Démêlons le fil entre histoire documentée et légende.
Le fait historique : l'arrestation du 13 octobre 1307
Commençons par ce qui est certain. Le vendredi 13 octobre 1307, sur ordre du roi Philippe IV le Bel, tous les Templiers du royaume de France sont arrêtés simultanément. L'opération avait été préparée en secret pendant des mois : des ordres scellés envoyés aux baillis et sénéchaux, à ouvrir seulement le jour J.
Ce fait est solidement documenté. La date du vendredi 13 octobre 1307 est exacte. Pour le contexte complet de la chute de l'Ordre, voir notre article L'Ordre du Temple : histoire complète.
Mais la superstition du vendredi 13 est plus ancienne
Voici où le mythe s'effondre. La peur du vendredi 13 existait bien avant 1307. Plusieurs traditions s'entremêlent :
- Le vendredi — Jour de la Crucifixion du Christ dans la tradition chrétienne, donc jour chargé négativement depuis des siècles.
- Le chiffre 13 — Treize convives à la Cène (Jésus et les douze apôtres, dont Judas le traître). Dans la mythologie nordique, un treizième invité (Loki) provoque le malheur lors d'un banquet des dieux.
- La combinaison — L'association des deux éléments négatifs (vendredi + 13) est attestée dans la culture européenne sans rapport avec les Templiers.
Surtout : aucune source médiévale contemporaine des faits n'associe l'arrestation des Templiers à la superstition du vendredi 13. Les chroniqueurs de l'époque ne relèvent pas cette « coïncidence ». L'association est une lecture rétrospective, popularisée au XIXe et surtout au XXe siècle, notamment par la littérature et le roman populaire.
Verdict sur le vendredi 13
L'arrestation des Templiers a bien eu lieu un vendredi 13. Mais ce n'est pas l'origine de la superstition, qui lui est antérieure. C'est une corrélation transformée a posteriori en explication causale séduisante.
La malédiction de Jacques de Molay
L'autre grand récit, c'est la malédiction du dernier Grand Maître. Jacques de Molay, après sept ans d'emprisonnement, est brûlé vif le 18 mars 1314 sur l'île aux Juifs à Paris.
Selon la tradition, depuis les flammes, il aurait lancé une malédiction, convoquant le pape Clément V et le roi Philippe IV le Bel à comparaître devant le tribunal de Dieu dans l'année.
Ce qui est vrai
- Jacques de Molay a bien été brûlé le 18 mars 1314. Fait documenté.
- Le pape Clément V meurt le 20 avril 1314, soit un mois après. Fait documenté.
- Le roi Philippe IV le Bel meurt le 29 novembre 1314, soit huit mois après. Fait documenté.
Les trois morts dans la même année sont donc réelles. La coïncidence est frappante.
Ce qui relève de la légende
- Les paroles exactes de la malédiction varient énormément selon les sources, ce qui trahit une reconstruction tardive.
- Le récit de la malédiction prononcée sur le bûcher n'apparaît pas dans les sources les plus proches des événements. Il se développe et s'embellit dans les chroniques postérieures.
- La version la plus connue (« Pape Clément, roi Philippe, je vous cite à comparaître devant le tribunal de Dieu... ») a été largement popularisée par Maurice Druon dans Les Rois maudits (1955-1977), œuvre romanesque magistrale mais qui est de la fiction historique.
L'explication rationnelle
Philippe IV le Bel avait 46 ans à sa mort — il meurt d'un accident de chasse (ou d'un AVC selon les hypothèses). Clément V était malade depuis longtemps. La mortalité au Moyen Âge, même pour les puissants, était élevée. Trois morts en une année est frappant mais statistiquement possible, sans intervention surnaturelle.
Cela dit, on comprend pourquoi les contemporains — et la postérité — ont vu là un signe. La chute de la dynastie capétienne directe dans les années qui suivent (les trois fils de Philippe le Bel meurent sans héritier mâle, ouvrant la guerre de Cent Ans) a renforcé l'idée d'une « malédiction des rois maudits ».
Pourquoi ces légendes sont-elles si tenaces ?
- L'injustice du procès — Les Templiers ont été condamnés sur des aveux extorqués sous la torture. Le sentiment d'injustice appelle naturellement un récit de « justice immanente ».
- La coïncidence réelle — Les trois morts en 1314 ne sont pas inventées, ce qui donne du crédit à l'interprétation surnaturelle.
- La puissance de la fiction — Les Rois maudits de Druon, lus par des millions de personnes, ont gravé cette version dans la culture populaire.
- Le besoin de sens — Une malédiction qui frappe les bourreaux est un récit plus satisfaisant qu'une série de morts naturelles.
Jacques de Molay aujourd'hui
Au-delà de la légende, Jacques de Molay reste une figure historique majeure : le dernier chef d'un ordre qui a marqué deux siècles d'histoire. Sa dignité lors du supplice — il aurait demandé à être tourné vers Notre-Dame de Paris et à avoir les mains libres pour prier — est rapportée par plusieurs sources.
La bague Jacques de Molay lui rend hommage. C'est l'une des pièces les plus chargées de la collection bagues templières.
Pour aller plus loin
- L'Ordre du Temple : histoire complète des Templiers.
- Le trésor des Templiers : mythe ou réalité.
- Les commanderies templières en France.
Questions fréquentes
Le vendredi 13 vient-il vraiment des Templiers ?
Non, c'est une idée reçue. L'arrestation des Templiers a bien eu lieu un vendredi 13 (le 13 octobre 1307), mais la superstition du vendredi 13 lui est largement antérieure. Elle combine la peur du vendredi (jour de la Crucifixion) et du chiffre 13 (treize convives à la Cène, treizième invité maléfique dans la mythologie nordique). Aucune source médiévale contemporaine ne relie l'arrestation des Templiers à cette superstition : l'association est une lecture rétrospective des XIXe-XXe siècles.
La malédiction de Jacques de Molay a-t-elle vraiment été prononcée ?
Les faits qui l'entourent sont réels : Jacques de Molay a été brûlé le 18 mars 1314, le pape Clément V est mort le 20 avril 1314 et le roi Philippe IV le Bel le 29 novembre 1314 — trois morts dans la même année. Mais le récit de la malédiction prononcée sur le bûcher n'apparaît pas dans les sources les plus proches des événements ; il se développe dans les chroniques postérieures. Les paroles exactes varient selon les versions, signe d'une reconstruction tardive popularisée notamment par Les Rois maudits de Maurice Druon.
Philippe le Bel et le pape sont-ils vraiment morts après les Templiers ?
Oui, c'est un fait documenté. Jacques de Molay est brûlé le 18 mars 1314. Le pape Clément V meurt le 20 avril 1314 (un mois après), le roi Philippe IV le Bel le 29 novembre 1314 (huit mois après). Les trois morts dans la même année sont réelles et frappantes. Mais elles s'expliquent rationnellement : Clément V était malade de longue date, Philippe le Bel meurt à 46 ans d'un accident de chasse ou d'un AVC. La mortalité médiévale était élevée même chez les puissants.
Qu'est-ce que la malédiction des Rois maudits ?
L'expression vient du roman-fleuve de Maurice Druon, Les Rois maudits (1955-1977). Elle désigne la série de malheurs qui frappe la dynastie capétienne directe après la mort de Philippe le Bel : ses trois fils (Louis X, Philippe V, Charles IV) meurent successivement sans héritier mâle survivant, ce qui éteint la branche directe des Capétiens et déclenche les rivalités menant à la guerre de Cent Ans. La fiction de Druon a lié cette extinction dynastique à la malédiction de Jacques de Molay.
Pourquoi Jacques de Molay a-t-il été brûlé vif ?
Jacques de Molay, dernier Grand Maître de l'Ordre du Temple, avait été arrêté en 1307 et avait passé sept ans en prison. En 1314, alors que sa peine devait être prononcée, il se rétracte publiquement des aveux extorqués sous la torture et réaffirme l'innocence de l'Ordre. Cette rétractation publique le fait classer comme « hérétique relaps » (retombé dans l'hérésie), crime puni du bûcher. Il est brûlé le 18 mars 1314 sur l'île aux Juifs à Paris.
Combien de vendredis 13 y a-t-il par an ?
Il y a entre un et trois vendredis 13 par année civile, jamais plus. Une année compte toujours au moins un vendredi 13. Ce phénomène du calendrier n'a aucun lien avec les Templiers : il découle simplement de la structure du calendrier grégorien. La superstition associée, elle, mélange traditions chrétiennes et nordiques bien antérieures à 1307.